Diriger une organisation marketing agentique : pourquoi votre progression est l’objectif
Quand j’ai commencé, en 2023, à apprendre le prompting à mon équipe, notre méthodologie n’était pas encore formalisée comme elle l’est aujourd’hui. Je n’imaginais pas à quel point nos produits allaient évoluer, et à quelle vitesse.
Depuis, beaucoup de choses ont changé. Pas parce que le sol s’est dérobé sous nos pieds, mais parce que le sujet se développe lui-même en continu, à très grande vitesse. Une chose est devenue claire: aucun palier ne peut être sauté si vous voulez bâtir durablement une organisation agentique.
Aujourd’hui, nous rejouons les étapes de notre propre évolution dans chaque projet d’accompagnement. Ingénierie du prompt, Context Engineering, ingénierie des processus, ingénierie des agents et gouvernance. Dans cet ordre, parce que chaque phase rend la suivante possible. Sans langage précis, pas de contexte fiable. Sans contexte, pas de processus robustes. Sans processus, pas d’agents dignes de confiance. Et sans gouvernance, pas de maîtrise de ce que ces agents font.
Ce n’est pas une feuille de route tirée d’un manuel, c’est une progression vécue. Et c’est précisément la leçon que je considère comme centrale pour la question de leadership la plus importante à l’ère de l’IA.
Quelle est la compétence de leadership décisive à l’ère de l’IA ?
Beaucoup cherchent le bon use case, le bon outil ou le bon LLM. Ce n’est pas la bonne question.
La compétence décisive n’est pas de tomber sur le bon sujet. C’est de faire de sa propre progression l’objectif. Une organisation qui s’engage à évoluer en continu, sans perdre son cap.
C’est hautement contextuel et dépend de votre entreprise. Partir de zéro avec une petite équipe est bien plus simple que transformer une organisation établie. La question reste la même pour les deux; la réponse, elle, diffère complètement.
Les marketeurs partent avec un atout. Une forte capacité d’adaptation fait partie de l’ADN du métier. Nous avons vu des canaux apparaître et disparaître, des logiques de plateformes, des algorithmes, des formats. L’adaptation, nous savons faire.
La nouveauté, plus exigeante, est ailleurs. Faire de sa propre progression l’objectif en soi. Ne pas réagir au prochain trend, mais inscrire l’innovation continue et l’amélioration permanente comme mode opératoire de toute l’équipe. C’est le grand pas qui se présente aujourd’hui aux CMOs. Il est inconfortable, parce qu’il n’est jamais terminé.
Pourquoi la seule adaptabilité ne suffit-elle plus ?
Parce que l’adaptation est réactive. Elle attend un déclencheur externe. La progression comme objectif est proactive. Elle fait du développement continu l’état normal, et non l’exception qu’on supporte en attendant un retour au calme. Ce calme ne reviendra pas.
Les chiffres montrent l’écart entre l’ambition et la réalité. BCG l’a formulé sans détour: 96 % des CMOs affirment conduire une transformation IA. Seulement 8 % orchestrent réellement plusieurs agents qui coopèrent entre eux. La grande majorité en est à l’IA générative comme assistant individuel. Mieux que rien, mais structurellement proche des macros Excel d’il y a dix ans. Huit pour cent ne signifient pas 8 % d’outils meilleurs. Cela signifie que seuls ces quelques-uns assument vraiment leur propre transformation, au lieu de la déléguer à un outil.
Le regard européen confirme ce constat. Selon une analyse d’OMMAX, 79 % des initiatives IA des entreprises européennes échouent pendant ou après la phase pilote. Plus de la moitié ont une stratégie IA, mais seule une minorité dispose d’un modèle opératoire qui fonctionne derrière. L’écart n’est donc pas un problème de technologie. C’est un problème d’organisation.
- 96 % – les CMOs affirment conduire une transformation IA
- 8 % – orchestrent plusieurs agents qui coopèrent entre eux
- 79 % – les initiatives IA échouent pendant ou après le pilote
Et ce n’est pas un outil de plus qui le comble. C’est une organisation qui a appris à se développer elle-même.
Le piège de l’équilibre entre curiosité et concentration
C’est là que se situe le vrai risque. Si la progression est l’objectif, vous pourriez suivre chaque signal. Chaque nouvelle génération de modèles, chaque release, chaque emballement du fil d’actualité. Une exploration sans limite. Et vous y perdre complètement.
L’autre pôle s’appelle exploitation. Tirer pleinement parti de ce que vous maîtrisez déjà. L’arbitrage entre les deux est une responsabilité de leadership dont on parle trop peu. Trop de curiosité disperse. Trop de concentration rend aveugle au prochain saut.
Le point d’ancrage qui empêche de se perdre, c’est l’alignement strict sur vos processus de création de valeur. Pour nous, cet ancrage, c’est la méthodologie. Nous ne construisons rien qui ne serve un processus réel. Ce que la méthodologie est pour faive doit être, pour chaque organisation marketing, un noyau clair et nommé. C’est à l’aune de ce noyau que l’on décide ce qu’on construit et ce qu’on laisse de côté.
Sans ce noyau, la progression devient de l’activisme. Avec lui, elle devient une direction. J’ai expliqué ailleurs pourquoi la vision cible de l’organisation marketing agentique se ressemble à toute échelle d’équipe. Le noyau ne change pas, seule l’échelle évolue.
« I make you happy » comme principe de leadership
Un CMO d’un groupe international m’a un jour décrit son rôle en une seule phrase. « I make you happy. » Je suis là pour vous permettre de travailler au mieux.
Traduit dans l’introduction de l’IA, c’est l’attitude la plus forte que je connaisse. Vous n’avez plus à faire de tâches répétitives. Vous disposez d’un espace pour déclencher votre créativité et vraiment transformer les choses.
C’est l’antithèse du récit de la peur qui circule dans presque toutes les entreprises. L’IA nous prend les emplois. Le leadership à l’ère de l’IA, c’est libérer les personnes en tant que concepteurs et acteurs, pas les administrer. Si vous voulez guider votre équipe dans cette transformation, il faut d’abord apaiser les craintes, puis donner l’espace pour en faire quelque chose de propre. L’un sans l’autre ne fonctionne pas.
« I make you happy » dans la pratique du leadership
Un CMO d’un groupe international a résumé son rôle en une phrase: « I make you happy. » Je suis là pour vous permettre de travailler au mieux.
Traduit à l’introduction de l’IA, c’est l’attitude la plus forte: vous n’avez plus à faire de tâches répétitives. Vous disposez d’un espace pour déclencher votre créativité et vraiment transformer les choses.
C’est l’antithèse du récit de la peur, présent dans presque toutes les entreprises: l’IA nous prend les emplois. Le leadership à l’ère de l’IA, c’est libérer les personnes en tant que concepteurs, pas les administrer.
Pour guider une équipe dans cette transformation, il faut d’abord apaiser les craintes, puis donner l’espace pour en faire quelque chose de propre. L’un sans l’autre ne fonctionne pas.
Qu’est-ce que cela implique concrètement pour les CMOs ?
Une organisation marketing agentique ne naît pas d’une annonce en plénière. Elle naît d’une structure qui fait du changement permanent un mode opératoire, et non un état d’exception. Quatre implications, éprouvées chez nous et chez nos clients:
- Ancrer la progression comme objectif. Rendez l’amélioration mesurable. Un objectif qui ne décrit pas un résultat unique, mais la capacité de l’organisation à se renforcer.
- Le savoir appartient au système, pas à des individus. Une couche de contexte partagée, accessible à tous, surpasse tout usage individuel d’outils. Si le savoir dépend d’une personne, rien ne passe à l’échelle et chaque départ fait mal.
- Le temps d’apprentissage fait partie des opérations. Pas un atelier par trimestre, mais du temps intégré pour expérimenter. Si vous voulez de la progression, il faut la prévoir dans les agendas.
- Transférer la responsabilité aux métiers. Ce n’est pas la DSI qui “possède” l’IA, mais celles et ceux qui connaissent réellement le processus. OMMAX identifie précisément ce déplacement comme levier: sortir la responsabilité du silo, la confier aux métiers.
- Ancrer la progression comme objectif Rendez l’amélioration mesurable. Un objectif qui ne décrit pas un résultat unique, mais la capacité de l’organisation à se renforcer.
- Le savoir appartient au système, pas à des individus Une couche de contexte partagée, accessible à tous, surpasse tout usage individuel d’outils. Si le savoir dépend d’une personne, rien ne passe à l’échelle et chaque départ fait mal.
- Le temps d’apprentissage fait partie des opérations Pas un atelier par trimestre, mais du temps intégré pour expérimenter. Si vous voulez de la progression, il faut la prévoir dans les agendas.
- Transférer la responsabilité aux métiers Ce n’est pas la DSI qui “possède” l’IA, mais celles et ceux qui connaissent réellement le processus. OMMAX identifie précisément ce déplacement comme levier: sortir la responsabilité du silo, la confier aux métiers.
Cela peut sembler beaucoup d’un coup. Ce n’est pourtant rien d’autre que décider de ne plus laisser l’amélioration au hasard.
Un appel au courage
J’en appelle au courage des CMOs pour porter cette transformation. Pour assumer ce rôle de pionnier. Vous en avez les compétences et l’expérience. L’expérience du changement. L’exploration de terrains nouveaux. Et, à chaque étape, la priorité donnée aux besoins clients.
C’est exactement le rôle dont nous avons besoin maintenant. Pas l’administrateur d’un budget, mais la personne qui ouvre la voie parce qu’elle sait ce que le changement implique.
Là où le leadership commence
Il y a une phrase qui m’accompagne depuis des mois. L’IA ne sera jamais aussi rudimentaire qu’aujourd’hui. Ce n’est pas de l’optimisme. C’est l’enjeu même du leadership.
Si la technologie ne peut que s’améliorer à partir d’ici, l’avantage ne viendra pas de l’outil. Il viendra de la capacité de votre organisation à suivre ce mouvement et à le façonner activement. Pas le bon sujet. Votre propre progression.
Cela vaut pour moi en tant que fondateur. Cela vaut pour notre organisation. Et cela vaut pour toute organisation marketing qui veut façonner positivement ce changement, plutôt que de le subir.
Questions fréquentes sur le leadership des organisations marketing agentiques (FAQ)
Que signifie faire de la progression un objectif ?
Au lieu d’attendre des déclencheurs externes, le développement continu devient l’état normal. Les décisions se centrent proactivement sur l’apprentissage, l’itération et la capacité organisationnelle, pas sur des outils isolés ou des projets ponctuels. Le noyau reste stable, tandis que le système s’améliore en continu.
Par où commencer les cinq phases sans en brûler aucune ?
L’ordre est déterminant: sans langage précis, pas de contexte fiable; sans contexte, pas de processus robustes; sans processus, pas d’agents fiables; sans gouvernance, pas de maîtrise. Chaque phase prépare la suivante et évite de transférer trop vite la complexité dans des outils.
Pourquoi l’adaptabilité ne suffit-elle plus ?
L’adaptation est réactive et trop courte lorsqu’un changement est permanent. La progression ancre le développement comme mode opératoire et comble l’écart entre ambition et réalité que vivent beaucoup d’organisations malgré les outils et les pilotes.
Comment équilibrer exploration et exploitation dans l’équipe ?
L’exploration est balisée par un noyau clairement nommé, aligné sur les processus de création de valeur. La curiosité est ainsi canalisée et la concentration préservée, sans rater le prochain saut nécessaire.
Quel est le rôle concret du CMO dans l’introduction de l’IA ?
Le leadership habilite les personnes: apaiser les craintes, créer de l’espace pour la créativité et transférer la responsabilité vers les métiers. On obtient ainsi une vraie redevabilité sur les processus et les résultats, au lieu d’enfermer l’IA dans un silo technologique.
Je vous laisse une question. Si votre propre progression était l’objectif, et non le prochain outil, qu’est-ce que vous construiriez demain autrement qu’aujourd’hui ?
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